Découverte de Poitiers
Décor de monuments à Ravenne
RAVENNE
Quelques dates de son histoire:
Au 1er siècle, Auguste a choisi Ravenne comme siège de la flotte de la Méditerranée orientale. Il a fait construire à quelques kilomètres, le port de Classe qui constitue une position de sécurité grâce à sa position lagunaire pour sa flotte aguerrie.
402 - Adapté à la surveillance des mers, ce fut le port le plus important et Ravenne devint la capitale de l’Empire d’Occidentquand Honorius délaissant Milan,installa sa cour dans cette ville bien protégée et inexpugnable.
425 – L’Auguste Galla Placidia, la fille de Théodose le Grand, empereur d’Orient et l’épouse de Constance II, revient à Ravenne, tutrice de son fils Valentinien III. De son époque datent la Basilique de Saint Jean l’Evangéliste, le Baptistère Néonien ou des Orthodoxes et le Mausolée de Galla Placidia. Elle mourut à Rome en 450.
476 – Fin de l’Empire romain d’Occident, le roibarbare Odoacre prend le titre de roi d’Italie avec Ravenne comme capitale. L’empereur d’Orient Zénon envoya son fils Théodoric roi des Ostrogoths qui prit la ville, l’occupa et la gouverna pendant plus de 30 ans.
493 – De par son esprit germanique, Théodoric, de culte arien, contribua à faire cohabiter l’arianisme et les chrétiens orthodoxes au point de tendre à la fusion des deux peuples, Latins et Goths. Il a enrichi Ravenne de beaux monuments, restaura l’aqueduc de Trajan et ordonna des grands travaux de bonification. Il fit construire l’église du Saint Esprit, le baptistère des Ariens et la basilique de Saint Apollinaire le neuf.
535 – Le règne des Goths se terminera avec le général Bélisaire et l’armée byzantine envoyés par l’Empereur d’Orient Justinien décidé à conquérir l’Italie. Assiégée, Ravenne sera conquise en 540. Elle devint le plus important centre religieux et politique d’Italie et vécut alors une période de grande splendeur aux influences culturelles d’occident et d’orient avec les décorations en mosaïques de Saint Vital,de Saint Apollinaire de Classe et en partie de Saint Apollinaire le neuf qui sont d’époque byzantine.
Ravenne resta en rapport direct avec Byzance en tant qu’émanation du pouvoir de l’Empereur d’Orient jusqu’au VIe et VIIe siècles avec les marchands du Moyen-Orient, les artisans, les fonctionnaires et dignitaires de la cour, les hommes de culture qui fréquentèrent la cité.
751 – La ville a été occupée par les Lombards. Le rêve de fusion de Justinien alors voué au déclin, le port de Classe fut comblé, abandonné et l’activité commerciale et industrielle cessa.
Après 784 – Libérée par le roi chrétien Charlemagne, celui-ci fut autorisé par la Papauté à emporter ce qui lui plaisait des édifices non voués au culte comme le Palais de Théodoric. Ainsi, à trois reprises, colonnes de marbre, mosaïques, statues sont parties pour Aix-la-Chapelle jusqu’à la statue équestre de Théodoric en 801.
Par la suite, Ravenne vécut une période économique et culturelle féconde sous la domination d’archevêques aux forts privilèges jusqu’au XIe siècle. Mais peu à peu la ville perdit ses territoires environnant au cours de guerres et de luttes comme celle entre les Guelfes et les Gibelins. Plusieurs familles se succédèrent au pouvoir, dont celle des Polentani qui a accueilli Dante en exil jusqu’à sa mort.
A partir de 1449 - La République de Venise domina Ravenne jusqu’au début XVIe siècle où elle passa sous le gouvernement du pape pendant presque trois siècles. La ville et sa région de plus en plus isolées vécurent une période de déclin jusqu’à la moitié du XIXe siècle sans que l’Unité de l’Italie lui apporte de meilleurs ouvertures.
Ravenne, ville oubliée au nord de l’Italie jusqu’à la reconstruction de l’après-guerre, est aujourd’hui en phase de croissance économique et redécouvre ses immenses trésors artistiques et notamment ses mosaïques incomparables qui ont reçu la reconnaissance de l’UNESCO. Trésors de l’art byzantin que nous avons eu le grand plaisir de découvrir le 5 et 6 avril 2019. F.
Basilique Saint Apollinaire le Neuf (VIe s.)
Cette basilique vouée au Christ Rédempteur, fut édifiée pour le rite arien au 1er quart du VIe s. par Théodoric, roi des Goths.
Elle avait fonction de Chapelle Palatine à proximité de son palais. Après 540 elle fut consacrée au culte catholique avec le nom de Saint Martin, évêque de Tours défenseur de la foi contre l’hérésie (donc contre l’arianisme). Vers la moitié du IX e s. elle prit le nom actuel de Saint Apollinaire, 1er évêque de Ravenne, dont les reliques furent transférées de l’église voisine de Saint Apollinaire in Classe.
Sa façade à portique de marbre date du XVIe s. et son campanile cylindrique (IXe s.), typique des constructions de Ravenne, présente des ouvertures qui s’élargissent progressivement avec l’élévation en fenêtres simples puis à deux et trois meneaux.
A l'intérieur. C'est notre première visite des monuments de Ravenne.
Dès l'entrée l'harmonie et la majesté des lieux et la somptuosité du décor de mosaïque me saisissent. C’est d’abord, un vaste plan basilical qui s’ouvre au regard, trois nefs sont séparées par deux rangées de douze colonnes, comme le nombre des apôtres. Elles sont en marbre grec avec des chapiteaux corinthiens surmontés de coussinets byzantins qui portent la croix.
Puis, j’ai été frappée et attirée par les mosaïques qui sont toutes de l’époque de Théodoric du VIe s. Au-dessus des chapiteaux, j’observe les représentations de processions ou de cortèges. A gauche, vingt-deux vierges d’époque byzantine richement vêtues et parées de perles, se suivent derrière les Rois Mages, leurs présents en offrande à la Vierge sur le trône avec l’Enfant Jésus entourée d'anges. A droite, un cortège de Saints martyrs (St Martin en manteau sombre) s’avance vers le Christ Rédempteur assis en majesté et entouré de quatre anges également, il fait face à la Vierge au trône. J’admire tout ce registre biblique décrit avec tant de magnificence avant de poursuivre ma lecture, plus haut vers les ouvertures.
Au-dessus, sur le bandeau entre les fenêtres de la basilique, des figures de saints et de prophètes sont vêtus d’une tunique et d’un pallium blancs et portent tous un livre à la main. Dans la partie supérieure, près du plafond, je reconnais des tableaux de la vie de Jésus à droite et de l’histoire de la passion sur la gauche ; ils alternent avec une décoration reproduisant une niche en forme de coquille et deux colombes regardant vers une croix.
Vers l’entrée et au même niveau que les processions, se font face deux panneaux splendides de mosaïques qui représentent le port et la ville de Classe sur une et sur l’autre la somptuosité du Palais du roi Théodoric.
Le plafond à caissons dorés et le décor de l’abside actuelle datent du XVIIe s. mais des éléments dans l’autel remontent au VIe s. : ainsi, les magnifiques parapets de marbre historiés attirent mon attention ainsi que les fines colonnes en porphyre aux chapiteaux en corbeille de style byzantin.
De la même période, l’imposante chaire sous les colonnes de droite de la nef est en marbre sculptée dans un mélange à la fois classique et oriental.
Cette première visite à Ravenne procure des impressions étourdissantes devant ce monument paléochrétien au magnifique décor voué à la dévotion et certainement aux intensions politiques du VIe s. F.
Texte et photos FRS - avril 2019
Baptistère Néonien ou des Orthodoxes (Ve s.)
C'est le monument le plus antique de Ravenne.
Sa construction a commencé début Ve s. par l’évêque Orso en lien avec la grande Basilique antérieure au Dôme actuel et se termina dans la deuxième moitié du Ve s. sur l’ordre de l’évêque Neone (d’où le nom de Baptistère Neonien) qui fit ajouter la coupole et le décor de mosaïque que nous pouvons voir encore de nos jours.
De forme octogonale, ce baptistère est en brique rouge. Aujourd’hui ses proportions sont tronquées du fait de la surélévation du sol, le niveau d’origine étant à 3 mètres au-dessous du niveau actuel.
Intérieur - En entrant nous découvrons au centre les fonts baptismaux de forme octogonale dont les côtés sont recouverts de porphyre et marbre grec (XVe s.). Ce bassin servait au baptême par immersion. Le seul élément du Ve s. est la chaire (ou ambon) tirée d’un unique bloc de marbre grec, placée sur un de ses côtés, elle servait au prêtre pour administrer le baptême.

Au-dessus, un décor magnifique de mosaïques s’offre au regard sur la coupole centrale et tout autour sur mes murs et les arcs.
Reprenant le texte biblique, le centre de la coupole représente Saint Jean-Baptiste en train de baptiser le Christ qui est immergé partiellement dans les eaux du Jourdain. Son corps est en transparence tandis qu'un homme âgé qui personnifie le Jourdain, lui tend un linge.


Autour de ce médaillon central, les douze apôtres sont ordonnés en cercle. Puis le décor descend sur les murs et montre des mosaïques de riches architectures. Plus bas entre les fenêtres alternent les prophètes de l’Ancien Testament sur des stucs originaux en relief. Ensuite un décor de mosaïque reprend au niveau des huit arcs s’élevant du sol avec des feuilles d’acanthe sur pendentifs et médaillons de l’époque de l’évêque Neone.

Avant de sortir, on remarque sous un arc, un vase d'époque romaine en marbre posé sur un chapiteau du Ve s. ainsi qu'un autel caractéristique du VIe s.
Cette visite fut très riche d’enseignement nous fait prendre conscience des lieux et du rituel du baptême dans un monument qui date des premiers siècles du christianisme.
Nous projetons de découvrir le deuxième baptistère de Ravenne, celui des Ariens construit cinquante ans plus tard par Théodoric le roi Goth de culte arien. F.
Texte et photos FRS - avril 2019
Mausolée de Galla Placidia à Ravenne
Cet édifice bâti en brique d’une grande simplicité extérieure, m’a surprise dès l’entrée par la somptuosité qu’il renferme avec ses décors en mosaïque dont les murs et plafonds sont recouverts. Le contraste surprenant ne peut pas laisser indifférent.
Ce monument présente un plan en croix latine avec quatre voûtes en berceau et une coupole. Malgré son nom il semble impossible qu’il est été destiné à l’impératrice Galla Placidia qui mourut à Rome en 450 bien qu’elle ait régné à Ravenne. Ce bâtiment serait plutôt un oratoire destiné au culte de Saint Laurent qui est représenté sur la lunette qui fait face à l’entrée.
Que ce monument qui date du Ve s. soit parvenu jusqu’à nous, si bien conservé, m’a donné une certaine émotion. Devant ce magnifique décor si précieux c’est le travail des artistes et des artisans de l’Antiquité qui est venue à ma pensée et cette proximité m’a rendue toute étourdie. L’architecture faite toute en rondeurs de voutes, d’arcades, d’absides et d’une coupole est comme gommée, couverte entièrement d’un tapis de mosaïques aux couleurs exaltantes, aux dessins méticuleux et aux thèmes symboliques religieux liés à la nature. Un bleu profond pour le ciel étoilé de la voûte en berceau et de la coupole. Des frises décoratives aux formes florales ou géométriques suivent les courbes des arcades, certaines sont d’une grande modernité de couleurs vives. Festons de fruits et de fleurs jaillissent de paniers. Le thème chrétien de la Rédemption domine avec la croix au sommet de la coupole, des cerfs et des colombes se désaltèrent à l’eau claire, les motifs d’une vigne et d’acanthe s’enchevêtrent en volutes dans un paysage luxuriant. Sur la lunette au-dessus de l’entrée le Bon Pasteur, la tête auréolée, le berger et son troupeau apporte à la fois calme, force et assurance avec sa main caressant le museau d’une brebis. Il s’agit là d’une des plus belles mosaïques de l’art paléochrétien.
En ces premières années de la chrétienté, ce monument antique de Ravenne, si petit qu’il soit, présente une telle force spirituelle qui n’a pu que contribuer à encourager la foi et le développement de cette nouvelle religion.
texte et photos FRS - avril 2019
voir dossier "Albums photos" en bas à droite
Basilique Saint Vital (VIe siècle)
Le site de cette basilique se trouve à proximité du Mausolée de Galla Placidia, dans un environement magnifique planté de pins parasols qui abritent une série de bâtiments de briques rouges.
Les renseignements sur Saint Vital sont imprécis, selon la tradition, c’était un soldat romain martyrisé pendant les premières persécutions contre l’église.
Un riche banquier de Ravenne, Giuliano Argentario, probablement en relation avec l’Empereur d’Orient, finança cette construction de même que celle de Saint Apollinaire in Classe.
Commencée en 527 sous la domination des Goths, la Basilique Saint Vital fut consacrée en 548 sous la domination byzantine. Elle représente l’extraordinaire exemple dans lequel les expériences architecturales byzantine et romaine se mêlent pour produire un monument dont le résultat est unique au monde et parvient jusqu’à nous dans sa splendeur.
La basilique aux murs de brique rouge, est à plan central ce qui la différencie des églises chrétiennes occidentales à trois nefs. Son noyau central est surmonté d’une coupole (16 m de diamètre) octogonale extérieurement qui s’appuie à l’intérieur sur huit piliers et arcs qui créent autant de niches décorées.
Dès l’entrée l’impressionnant décor éclatant de mosaïques surprend le visiteur. Elles recouvrent dans un flamboyant ornement d’or et de couleurs, les murs, la voûte en berceau du chœur, l’abside.
La mosaïque de l'abside, Le Rédempteur au centre assis sur le globe céleste, donne la couronne à sa droite Saint Vital et à gauche,l'évêque Ecclesius, promoteur de l'édifice.
Sur la lunette droite du Presbytère, les sacrifices d'Abel et de Melchisedec.
Mosaïque de l'abside à droite, l'Empereur Justinien et sa suite; symboles du pouvoir, il tient une patène d'or à la m
ain, le manteau pourpre et le nimbe autour de la tête. L'impératrice Théodora et sa suite; sa tête aussi est entourée d'un nimbe (pouvoir divine), elle porte un calice couvert de pierres précieuses. Le diadème de nacre, image du faste de Byzance et le coquillage au-dessus de sa tête, symbole chrétien de l'immortalité.
Les pavements aux dessins géométriques recouvrent le sol et un labyrinthe à coquille est représenté au centre face à l’autel.
Ce travail gigantesque et ce fourmillement de représentations et de symboles écrivent l’histoire biblique mais aussi l’histoire du VIe s. en images dorées et colorées. Images qui nous donnent à lire et à comprendre l’époque des premiers siècles du christianisme entre Orient et Occident. Il s’agit là de l’art byzantin.
Je tenterai de décrire quelques scènes et éléments d’architecture. F.
Photos FRS - avril 2019
Saint Vital (suite)
Le sommet de la coupole avec sur un médaillon l'Agneau Mystique nimbé d'un fond d'étoiles. Quatre anges portent ce médaillon dans un décor luxuriant de feuilles d'acanthe et d'arbustes. Aux quatre coins de la voûte des paons ouvrent lleurs en éventail; le paon est symbole chrétien de la Résurection et de l'immortalité.
Piliers au décor byzantin / Arcs et loggia autour de la voûte / Arc triomphale au décor de cornes d'abondance
Bassin baptistère / vitrail / diférents pavements: cosmates, mosaïques. Motifs souvent végétaux, floraux et d'animaux.
Baptistère des Ariens à Ravenne
Théodoric, roi des Goths de culte arien, bien que tolérant envers les catholiques avait mis en place une stricte séparation entre les Goths ariens et les Romains catholiques comme l'interdiction de mariage entre les deux populations.
Ainsi, il fit bâtir le baptistère des Ariens entre la fin du Ve et le début du VIe s. ainsi que l’église du Saint-Esprit (Santo Spirito), cathédrale du culte arien, érigée à proximité, dans la même période. Cet édifice est contemporain de la construction de la Basilique Saint Apollinaire Nouveau.
.
De cette époque antique il reste la structure octogonale de l’architecture et la coupole du
plafond au riche décor de mosaïques qui reprend le sujet du baptistère Néonien des Orthodoxes (Ve s.) avec le baptême de Jésus Christ par Saint Jean Baptiste : la colombe du Saint–Esprit est au-dessus de la tête du Christ qui est immergé dans l’eau du Jourdain représenté par un vieil homme portant une fleur de lys. Autour de cette scène un bandeau de mosaïque montre le cortège des Apôtres qui, vêtus à la romaine, avancent vers le trône de la souveraineté du Seigneur; ils sont séparés chacun d’un palmier dattier riche en fruits (symbole du martyr) et apportent la couronne du martyr et de la gloire. Saint Pierre avec les clés du paradis et Saint Paul avec deux rouleaux, sont placés de part et d’autre du trône orné d’une croix de pierreries et du coussin en pourpre, la symbolique chrétienne du Christ.

Texte et photos FRS - avril 2019 Voir dossier photos













































